Prologue

 

Prologue

 

  Au commencement, le lecteur s'approcha, hésita. Face au livre, il le prit et l'ouvrit. Les premiers mots le frappèrent.
  Un nouveau monde s'ouvrait à lui. Un monde luxuriant, fourmillant de vie, rempli de rêves et de nobles idéaux, un monde condamné à disparaître. Une poignée d'années avait suffi à le détruire. Les hommes avaient vaincu la nature, le temps, l'espace. Ils avaient voulu devenir des dieux, et la réalisation de ce désir les précipita vers leur chute.
  Car ils étaient venus. Ceux qui avaient brisé les chaînes de leur condition. On les appelle les Aédians. Quelques doigts à peine suffisent à les compter. Quelques années à peine suffirent pour qu'ils achèvent un monde agonisant. Puis ils partirent au loin, vers les étoiles, laissant derrière eux un monde en ruine, trop faible pour continuer à se déchirer...
  Le lecteur reposa le livre, satisfait. Il comprenait mieux, à présent.

~ An 39 après le cataclysme ~


  Le désert était immense. Le soleil régnait sans partage sur ces terres arides, écrasant toute vie sous une chape ardente. Mais à cette heure, il dormait. La lune, fatiguée, essayait comme chaque nuit de le détrôner, et répandait sa lumière blafarde sur ces terres mortes. Un nuage sombre, pourtant, vint contester son pouvoir. Il dévora les dunes pétrifiées, engloutit la veuve argentée. Sans jamais s'arrêter, il continua sa course céleste. La ville, face à lui, ne résista pas une seconde. Elle s'engouffra à l'intérieur du nuage noir comme l'encre.

~ An 59 après le cataclysme ~


  Assis sur une dune de sable, Arthur restait immobile, seul au milieu du désert. C'était terminé, il le savait. Il avait vécu de belles aventures, mais au bout du compte, il avait échoué. Il n'éprouvait pas de regrets, cependant. Certes, s'il avait eu le pouvoir de remonter le temps, il aurait fait en sorte que les choses se passent autrement. Mais il avait fait de son mieux avec les ressources à sa disposition, voilà tout. Les autres s'étaient simplement trompés, il n'était pas le héros en qui ils avaient fondé tous leurs espoirs.
  Une brise légère se leva, comme si un dieu mineur chantonnait pour lui tenir compagnie, pendant ses dernières minutes. Une main de sable parut danser dans les airs, effleurer sa joue. Un sourire mélancolique s'étira sur ses lèvres. Seul, il s'exclama pourtant :

- Je sais que tu me vois. Sache que tu n'es pour rien dans ce qui va suivre. Ta présence ou ton absence n'y aurait rien changé. Je suis ce que je suis, une simple marque éphémère. Que tu m'entendes ou non, cela n'a pas d’importance. N'aie pas de regret pour ça.

  Arthur sortit alors un pistolet de la poche de son manteau. Il appuya le canon contre sa tempe. Son geste fut sans hésitation. Il pressa la gâchette. Le coup parti. Son esprit brûla.
  Ainsi se termine l'histoire d'un héros.

Dernière mise à jour de cette page le 02/07/2009

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